Nos rêves

« Un autre monde existe, il suffit de le laisser vivre »

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Le dimanche 20 mai 2018, les habitantes et habitants de la ZAD ont organisé de petits chantiers pour une défense collective pacifique des alternatives que la ZAD portent.

A cette occasion, des salariés ont rappelé comment les habitantes et habitants de la ZAD ont soutenu les luttes syndicales passées. Ces salariés ont dit la nécessité d’aider les habitantes et habitants à poursuivre leurs expérimentation d’un monde plus juste, plus humain, plus respectueux de l’avenir, malgré la deuxième opération militaire de destruction de leurs lieux de vie ou d’activités.

 

Les habitantes et habitants de la ZAD ont prouvé, en engageant leurs vies, en remettant en cause leur confort, en expérimentant concrètement des modes de vie respectueux de la nature, leur capacité et volonté de sauvegarder les richesses naturelles du bocage de Notre-Dame-des-Landes.

Je rêve que toutes les habitantes et tous les habitants le souhaitant puisse transformer l’abandon de ce projet d’aéroport en une innovante et prometteuse expérimentation de réconciliation entre les activités humaines et l’extraordinaire biodiversité du bocage de Notre-Dame-des-Landes.

François NICOLAS 

Sa page publique -> ICI

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« Certes, un rêve de beignet c’est pas un beignet,
mais un rêve de voyage, c’est déjà un voyage ! »

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Enfants, on a souvent l’habitude de se raconter des histoires merveilleuses. On s’invente un monde fantastique dans lequel les frontières n’ont de limites que notre imagination.

Mon rêve de voyage, je l’ai déjà réalisé une fois avec le père de mes quatre enfants avec un Tour du Monde de trois ans à bicyclette. Nous avons eu l’occasion de traverser le désert algérien; et dans ce désert il y a l’Assekrem, montagne du Hoggar située à 80 kms de Tamanrasset, dans le sud, et qui s’élève à 2918 m d’altitude. Le Père de Foucault y a édifié un ermitage. Spectacle grandiose, décor féérique, à couper le souffle.
Avant d’y aller je m’imaginais le désert inlassablement identique à lui même, il n’en est rien. Aux paysages lunaires et caillouteux succèdent d’immenses étendues complètement nues avec une absence totale de végétation pour faire place parfois aux magnifiques dunes de sable. Bref le désert n’est pas un, il est multiple.

Le désert m’a toujours fascinée : traverser les dunes, cette mer de sable cuivrée aux vagues ondulantes, aux allures scintillantes, aux reflets pailletés d’un ciel azur étoilé. Embraser des émotions naissantes et m’ennivrer de la beauté dépouillée de ce désert ardent. Mais je m’égare dans le passé (1985 !), et reviens à mon rêve du présent.

Et puis un jour, après avoir vécu ma vie de femme, ma vie de mère, un parcours professionnel, associatif, fait de nombreuses activités culturelles et sportives, un jour, comme ça, au détour d’une page du journal « Sud-Ouest », mes yeux s’arrêtent sur un article concernant une mère et une fille qui partent pour un rallye solidaire, « le Trophée Roses des Sables « .Et là, je n’hésite pas une seconde : c’est ça que je veux faire !

Cette aventure du Trophée Roses des Sables c’est un peu l’histoire d’une reconquête et de la réalisation de ces rêves qui deviennent possibles.

Ce qui m’attire dans cette aventure, c’est de redécouvrir ce désert que j’ai tant aimé : des paysages à couper le souffle, de majestueuses dunes, une diversité de paysages, puis la vibration d’un défi sportif : un petit défi personnel avec de longues pistes roulantes, des oueds à traverser, des passages techniques notemment le franchissement des dunes, une épreuve de nuit, deux jours en autonomie complète. Le tout en 4×4 en se dirigeant uniquement avec un roadbook et une boussole, sans notion de vitesse. Un vrai jeu de piste, ludique.

Et enfin, la vibration de l’aventure humaine : la rencontre avec moi-même, mais aussi avec ma co-équipière, avec d’autres « Roses », et avec des femmes et des enfants du désert.
Tout cela en apportant ma petite pierre à l’édifice puisque nous acheminons dans notre véhicule du matériel, que nous aurons récolté, à des personnes qui en ont besoin.Vivre une aventure personnelle tout en étant utile, c’est ça !

Mon rêve c’est donc le désir de vivre cette aventure hors du commun,100% féminine, de rompre avec le train train quotidien, de sortir de ma zone de confort, de ressentir des émotions nouvelles, de donner toujours un peu de moi même.

Cette aventure c’est aller à la rencontre de moi et des autres.

D ans le désert solitaire de notre vie d’Homme
E n rêvant de sentir une main
S e glisser doucement dans la sienne
E t se tourner alors vers l’Autre
R esplendissant de promesses
T imide, mais le coeur inondé de chaleur

Stéphanie

Pour suivre le rêve des gazelles, la page Facebook : ICI

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Nos rêves dessus-dessous

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Cette série de dessins a été réalisée par les habitantes du quartier de Malakoff, à Nantes, lors d’ateliers peinture-écriture à l’Association La Malle à Case, pensés et animés par Hélène Mingot de l’association La Clé des Couleurs et Patricia Raballand de la Feuille Volante dans le cadre du projet de La Ligne Rêvée. 

Ces ateliers avaient pour but d’éveiller les rêves de chacune, sans orientation aucune dans le contenu, de les déposer par la plume, de les brosser par le pinceau, et ensuite de les inscrire sur un dessin. La « ligne rêvée » les traverse tous, les lie tous entre eux, avec en dessous les rêves personnels que nous abritons en nous et au-dessus, ceux que nous espérons pour le monde. Si certaines consignes existaient, ce n’était pas le cas pour le vocabulaire utilisé. Il est alors beau de constater que certains mots , certaines sensations, certains désirs, reviennent de façon récurrente. Ce qui montre que malgré tout ce qui nous séparait autour de la table : nos milieux, nos âges, nos parcours, nos cadres de références…etc, nous sommes finalement animées par les mêmes espoirs.

N°1

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Je fais souvent ce rêve, vraiment, vraiment souvent. Il me fait peur, il m’interpelle. Dans son décor de coton, où les formes imprécises dansent comme des étoiles en tutu or, expertes et gracieuses. Elles m’aspirent pour une énième ballade. Un vertige s’empare de moi, je flotte en direction de ma fenêtre, je l’ouvre. Le temps d’un instant et la réalité s’évapore. Je vole vers un ciel inconnu mais d’où je suis toujours revenue. J’entame ce long voyage en spirale, aspirée dans ce vide délicieux où maintenant les étoiles ont la taille de planètes. Je me sens étrangère et aventurière dans ces grands espaces. Un bruit blanc m’accompagne pour seul ami, un son majestueux qui fait penser au glissement de l’univers pour des contrées toujours plus lointaines. A cet instant je fais « UN » avec l’immensité. C’est un petit plaisir instantané avant l’éternité.

 J’ai rêvé d’un autre monde ; un monde qui aurait du sens. Sans sentiments corrompus ou sanguinolents. Sans guignols pour faire surchauffer notre planète, planète qui hurle, planète qui pleure. Elle pleure, sa pluie acide et irradiée. Radieuse pourtant, cette terre qui ne cesse de bercer ses enfants. C’est enfantin de tourner sur soi-même, même si personne ne le fait aussi bien qu’elle. Quelle nuit, quel jour a-t-elle oublié de nous apporter ? Ah ! Porter l’espoir ! Mais il est si lourd. Lourd comme autant de richesses pillées traversant le monde. Mondialement reconnus nos vices ne cessent pourtant de régner. L’araignée que nous sommes tisse encore la toile qui sert à nous piéger.

 Aurore

N°2

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Je fais souvent ce rêve où il m’arrive de belles choses. Un délicieux bien-être m’envahit dans mon rêve. Un inconnu me sourit, m’enlace tout doucement et m’embrasse. Cet inconnu peut-être que je le connais, une douce lumière émane de lui ainsi que son sourire. Je me réveille, mon doux amour s’est volatilisé, mon bonheur éphémère n’aura pas duré. Tant pis, je reste solitaire au fond de mon lit avec le rêve qui reste.

 J’ai rêvé d’un autre monde, un monde solidaire et ensemble, ensemble de belles couleurs à admirer. J’ai rêvé d’un monde tolérant.

 Angèle

N°3

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Je fais souvent ce rêve. Il est difficile de s’envoler, de voler, alors j’y pense très fort. Des ailes invisibles me soulèvent, serait-ce ma pensée ? Maintenant je vole, je vois le monde au dessous de moi, les champs, les arbres. Je dois rester concentrée pour éviter tous les dangers. Je vole, je suis fière, mais j’ai peur. Rester concentrée, ne pas s’écraser. Soudain l’angoisse, comment fait-on pour atterrir ? Tout en douceur, je remets les pieds sur terre, heureuse de m’être envolée. Je suis fatiguée, je m’endors et je me met à rêver.

 J’ai rêvé d’un autre monde. Un monde qui pourrait être beau. Beau comme une tempête en plein océan. Océan d’amour et de bonheur. Bonheur inexistant chez trop de gens. Gens qui souffrent sur cette planète. Planète pas nette, qui ne tourne pas bien. Bien être, mal être, mais on va t-on ? On ne sait plus, on fait n’importe quoi. Quoi faire, que dire ? Dire les maux avec des mots. Mots impuissants, souffrance. Souffrances, inégalités, illettrisme, misère. Misère profonde, j’aimerais tout effacer. Effacer toutes ces mauvaises choses. Choses belles, colorées, drôles, accessibles. Accessibles à tout le monde. Monde beau et merveilleux.

 Kheira

N°4

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Je fais souvent ce rêve d’une vie insulaire. Je largue les amarres de la réalité, je peins ma vie en bleu et je me laisse aller. Je fais souvent ce rêve de falaises, de rochers, d’océans déchaînés, d’océans outremer, je navigue sur les flots de l’irréalité. Je fais souvent ce rêve et je pars en voyage, je m’envole au-delà des chemins balisés, je flotte, je plonge, je vis comme en éternité.

Je rêve d’un autre monde. Monde fraternel, monde généreux. Généreux comme cette grande marée. Marée qui bercerait notre humanité. Humanité rêvée par nombre d’entre nous. Nous les petits, contre eux les puissants. Puissant ce rêve, il m’est un réconfort. Réconfort de l’espoir. Espoir d’un horizon meilleur et transcendé

 Patricia R

N°5

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Je fais souvent ce rêve d’un chemin parsemé de belles choses, un souvenir délicieux de grandes ballades, la fraîcheur du sous-bois : Des pins parasols et leurs odeurs ensoleillées, une envolée de nuages d’un bleu transparent, une lumière cotonneuse aux accents d’été, un vide vaporeux, entre océan et horizon. Je fais souvent ce rêve.

Je rêvais d’un autre monde, un monde irréel et impensable, impensable d’être présidente! Présidente d’un bleu universel. Uni vers celles et ceux qui portent un idéal. Idéalement irréalisable, ce n’est qu’un rêve. Un rêve d’absolu d’une envolée d’humanité. L’humanité s’évanouit, la réalité reste.

Hélène M

N°6

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Je fais souvent ce rêve, le départ en vacances. La préparation des valises, c’est le début du départ, je ne dors plus. Je pense à ces immenses plaines du Far West. Je prépare dans ma tête le parcours, l’évasion, ces soirées, ces histoires ou ces légendes. Et tout à coup, je me réveille. Ensuite, une multitude de rêves arrivent, départs en train pour des contrées magiques, bords de mer couleur bleu piscine où je plonge à ne plus revenir. Me blottir dans mon hamac.

 J’ai rêvé d’un autre monde, où ce monde serait roi. Terre unie serait peuple. Et le peuple serait main dans la main. Son histoire serait légende, légende serait forêt.

 Michelle

N°7

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Je fais souvent ce rêve étrange d’une personne inconnue, qui à chaque fois n’est pas tout à fait la même. Une personne avec une ambition et des projets très réels. Je fais souvent ce rêve d’une personne dont j’ignore le nom et son regard est toujours souriant, avec une envie de vivre. On oublie alors la maladie, et on se  plonge dans notre imagination, ensemble, on se rapproche du but. Je fais souvent ce rêve qui est en réalité une vision, où tout tourne en spirale. Comme quand nous sommes tous ensemble, que nous rigolons, nous plongeons et tout disparaît…les souvenirs s’effacent très vite.

J’ai rêvé d’un autre monde. Un monde très aimable et très social qui ne soit pas stressant. Pas de stress pour trouver du travail. Travailler dans de bonnes conditions avec ses problèmes de santé. Même avec son handicap on peut être réconforté et très courageux pour l’avenir. L’avenir est important. Important est de ne jamais baisser les bras. Un monde meilleur c’est d’être tous égaux.

Vasilica C

N°8

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Je fais souvent des rêves. Mais si je reste trop longtemps à me couvrir de mes rêves, je serais alors enfermée dans un espace clos, une maison vide et austère, où je tournerais sur moi-même, avide et amère.

 J’ai rêvé d’un autre monde où tu ajoutes tes rêves aux miens. Car construire ensemble, à deux ou à plusieurs, c’est ouvrir le rêve, c’est laisser passer la lumière, c’est construire le ciel. Le poète, malade d’avoir trop espéré et affamé de continuer, écrit sur son dessin :

«  Tous en même temps, c’est ce qu’est l’éternité »

 Léna L.

N°9

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[Traduit du roumain] – Les gens ont besoin de porter des rêves pour supporter la réalité. Les malentendus entre les gens viennent du fait que certains vivent plus dans le passé que maintenant, dans le présent.

Julia

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Sortir De Dessous

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« Sortir de dessous » – Musique et paroles de Tristan Hérou – Son soundcloud : ICI

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INCH’ALLAH

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Ciel du Maroc, photographie prise par Servan Le Guay

——– Message transféré ——–
Date : Wed, 22 Mar 2017 14:56:32 +0100
De : Servan Le Guay <servan********@gmail.com>
Pour : Stephanie Parent <stephanie********@orange.fr>

Salut ma petite maman!

Comment vas-tu? Moi génial je vis comme dans le livre sur les aborigènes d’Australie, incroyable, on est sorti du désert hier avec d’autres Rainbows on voyage ensemble en groupe maintenant c’est incroyable, on est tous dans la même énergie alors on apprend x100000! Là on est à Guelmim, arrivé hier, y a pas l’air d’avoir grand-chose ici mis à part des sources thermales! Ensuite direction océan! Je pense à toi ma maman! Tu voulais en savoir plus sur mon petit chemin intérieur alors je t’envoie une partie du mail que j’ai écrit à Papa qui résume assez bien tout ça! […]

Mail:

 » Pour ce qui est de mon périple, je découvre peu à peu les raisons qui m’ont poussé à partir. Au début je n’étais pas vraiment sûr de ce que je faisais j’avançais à tâtons dans l’obscurité. Mais au fil des expériences que je vis j’ai de moins en moins de doutes. Ce voyage m’apporte tellement. Je vis des aventures incroyables, rencontres des êtres merveilleux. J’apprends tous les jours, réapprend à vivre simplement… J’apprends à donner, à recevoir – pas seulement matériellement car j’ai appris que ce que je pouvais donner de plus beau était en moi. Bien sûr il y a des hauts et des bas, comme souvent dans la vie, mais à la fin de chaque journée j’ai en moi cette joie indescriptible qui me berce. Je sais que je suis au bon endroit et que je ne serai pas mieux ailleurs. Les gens que je rencontre ici ont beaucoup de vécu et un esprit ouvert à 360 degrés ce qui nous offre un terrain de jeu propice à toute sorte de créations. Je me sens comme un artiste au fond, l’artiste de ma vie.

On vit dans un monde où l’on pense tout savoir sur tout. La science explique tout et ce qui se trouve en dehors de ce champ est nié, rejeté. A quoi bon vivre si l’on sait déjà tout? Où est la magie? J’ai découvert que je ne savais rien, au début; la peur de l’incertitude, mais après, la joie de ne rien savoir et de découvrir chaque jour le mystère qu’est la vie. « Le vrai savoir c’est connaitre l’étendue de son ignorance » disait Confucius. J’ai la conviction que nous portons chacun en nous une réalité qui nous est propres modelée par nos croyances. J’aime cette phrase qui dit: « ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait » ou alors au lieu de dire « je crois que ce que je vois » dire « je vois ce que je crois ». Si je me contente de croire ce qu’on m’a répété pendant des années, par ceux qui ont peur ou la flemme d’aller chercher plus loin. Alors je n’aurais plus qu’à aller à la fac, trouver un boulot, acheter une maison à crédit, me marier, attendre la retraite et puis mourir.

Autant mourir tout de suite. Ici on dit souvent Inch Allah (si dieu le veut). Tu demandes à quelqu’un « demain, on pourrait faire ça » on te répond « inch alllah »! Cette phrase est magique! Elle ramène à la conscience l’incertitude, celle qui ne promet pas qu’on sera encore là demain pour profiter de la vie. Elle invite à vivre pleinement présent à l’instant et à vivre comme si chaque instant était le dernier. Quelle intensité!

Lorsque j’étudiais encore à Toulouse j’ai fait ce rêve très réaliste qui a tout changé pour moi. Je me suis vu mourir. Et qu’est-ce que j’avais fait de ma vie? J’avais fait gentiment tout ce qu’on m’avait dit de faire, aller à l’école, au lycée puis université… et peut-être ça aurait continué ainsi toute ma vie durant, restant tranquillement dans ma cage ouverte comme un bon toutou domestiqué. J’ai découvert que l’incertitude de ce qu’allais être ma vie m’emplissait de joie, c’est au dedans de cette incertitude que je m’épanouis, dans l’insécurité fondamentale de l’existence qui me rappelle à chaque instant que tout ce que j’ai est voué à disparaitre.

Et cela n’est pas triste. C’est comme ça, c’est tout! Ce qui est triste c’est de ne pas le savoir et de vivre chaque jour en prenant la vie pour une évidence, en pensant que l’on sait, en pensant que tout ce qu’on a sera encore là demain. Inch Allah! On oublie alors de dire « je t’aime » à ses proches, on les néglige, on pense les connaitre alors on arrête de leur poser des questions sur leur vie. On oublie qu’à chaque instant ils changent, meurent et renaissent.

Ici je vis au jour le jour, chaque jour est une aventure et l’incertitude de ce qui va se passer ramène à ma conscience toutes ces vérités. Le fait de partir et de ne pas savoir où je vais dormir, qui je vais bien pouvoir rencontrer… Tout cela me remplit de joie et me donne de l’énergie pour continuer d’avancer, car je ne sais pas de quoi sera fait demain. Et je meure d’envie de savoir. Alors ma curiosité se développe, puisque je sais que je ne sais rien!

J’ai l’impression que l’occident est sclérosé par cette peur de ne rien savoir. Alors on modèle le monde en occultant la moitié de tout ce qui constitue la vie (la mort par exemple). On a alors l’envie de tout contrôler ce qui nous donne un sentiment de sécurité. Pour moi, tout cela n’est qu’illusion engendrée par la plus grande peur que nous ayons, celle de la mort, liée à celle de l’incertitude.

Car la mort nous rappelle que nous ne savons rien. Rejeter la mort c’est rejeter la vie. Je décide d’embrasser la mort et la vie avec elle. Elle nous rappelle que nous ne savons rien, que nous ne contrôlons rien et que nous n’avons d’ailleurs pas à le faire. Autrement nous nous coupons de la vie par peur de mourir. Nous nous coupons du monde par peur de changer parce qu’an fond changer c’est mourir à soi-même.

C’est pour toutes ces raisons que j’ai choisi de voyager. Le voyage me réveille du mensonge dans lequel je dormais. Alors je peux accueillir  tout ce qui vient à moi et me rendre compte que tout est parfait. Alors j’ai l’impression d’embrasser la vie, de ne faire qu’un avec elle. Et si un jour je meure je n’aurai aucun regret. Je ne me dirai pas:  » j’ai fait toute ma vie ce que l’on attendait de moi ». Je dirai  » j’ai fait de ma vie ce que je voulais qu’elle soit, je n’y changerais rien même si je le pouvais, j’ai aimé chaque instant, chaque personne… Si tu apprenais que tu allais mourir dans un an, que ferais-tu? Peut-être que tout à coup seul l’essentiel serait une préoccupation valable.

Quand j’ai pris conscience de tout ça il m’était impossible de rester sur un banc de fac à écouter quelqu’un parler pour me donner l’illusion d’une sécurité dans un avenir en réalité incertain.

Je vis chaque jour selon ces vérités, en laissant ce qui est au fond de moi surgir, car c’est là que tout ce que nous avons à apporter au monde se cache. Mais la plupart du temps nous avons peur de le laisser sortir. Je pense qu’au final c’est pour ça qu’on est là, pour apporter un bout de nous-même au monde telle une pièce d’un gigantesque puzzle. C’est comme ça que j’ai l’impression de sauver l’humanité, sauver l’humanité de notre civilisation qui détruit la vie.

Nous avons appris à tout garder à l’intérieur par peur d’être jugé, rejeté, blâmé… Mais en faisant cela nous étouffons notre propre lumière, alors que nous devrions la laisser jaillir, pour le bien de tous. J’ai eu tendance après le  divorce à tout garder au fond, à ne rien laissé transparaître. J’ai alors fait du mal à moi-même, et donc aux autres. Car nous sommes tous liés! Le mal que je gardais à l’intérieur (inconsciemment) se propageait à l’extérieur. Je me suis enfermé dans une prison dont je suis devenu le gardien.

Dans cette image que j’avais de moi qui en réalité n’étais pas moi. Je pensais être comme ceci, comme cela. Mais mon intérieur tremblait et menaçait de faire éclater la vérité au grand jour, par toutes ces émotions restées enfouies bien au fond. Je pense que la plupart des ados font ça  mais la plupart restent ensuite enfermés pour une bonne partie de leur vie voire toute leur vie. Alors on se ment à soi-même, on fait tous les jours des compromis avec soi-même et on se demande pourquoi on n’arrive pas à s’aimer, à aimer les autres, à aimer la vie. On entretient alors ces mensonges jusqu’à ce qu’ils s’écroulent. Ça peut durer longtemps, mais je pense que tous les mensonges tomberont un jour ou l’autre.

Mon rêve sur ma mort a d’abord été pour moi un cataclysme, tout le monde que je m’étais construit sur ces mensonges est tombé en morceaux devant moi. Je n’avais plus de repères, j’ai cru parfois devenir fou. Aujourd’hui je remercie le ciel pour ce rêve qui m’a permis de trouver le chemin de la liberté, de l’amour. Je me suis alors ouvert au monde, petit à petit. J’ai commencé à voir les gens comme ils étaient et pas comme je voulais qu’ils soient. J’ai commencé à voir le monde avec des yeux nouveaux. J’ai pu alors renaitre à moi-même et me rendre compte de qui j’étais en réalité et de l’accepter, de ce qui comptait vraiment dans cette vie. Ce rêve m’a ramené à l’essentiel et a rayé tous le superflu qui comme un brouillard m’empêchait de voir clair. Je veux maintenant découvrir le monde. « Découvrir », comme si le monde était couvert de mes attentes, préjugés, peurs….et qu’il suffisait d’enlever ce voile pour voir ce qui se cachait en dessous. Tout ce que je pense savoir n’est pas vrai, ce ne sont que des suppositions. Si je me contente de rester chez moi, d’étudier, de lire les journaux et de regarder la télé. Je n’aurai qu’une vision déformée de la réalité et baserai alors toute ma vie sur quelque chose d’abstrait, sur une table bancale.

Si on écoute les médias on a souvent l’impression que le monde court à sa perte mais c’est faux! UN monde court à sa perte, UNE réalité que beaucoup considèrent comme la seule possible court à sa perte. La vie, elle, continue. Grâce au voyage je peux maintenant me rendre compte de tout ça, en allant au-delà de mes peurs, mes préjugés, préconceptions fausses… Et la plupart des voyageurs que je rencontre en sont conscients et garde un esprit vif, frais, capable de créer, d’innover, d’apporter quelque chose d’irrémédiablement nouveau dans ce monde. Et c’est de ça dont le monde a besoin aujourd’hui. On a plus besoin de robots éduqués à suivre des protocoles, on a besoin de créateurs de nouvelles des façons de vivre qui soient en accord avec notre nature. Mais si on contente de suivre l’autoroute et de croire les médias, les gens, alors il n’y a plus qu’à se cacher dans un trou, se battre pour sa survie et attendre tranquillement qu’on détruise la planète.

Je te dis tout ça car tu dis vouloir comprendre ma vision des choses et comprendre mes choix. Je ne cherche pas à te convaincre de quoi que ce soit, ces mots sont simplement une explication, un bref aperçu de qui je suis devenu. Il y a de cela quelques mois il m’aurait été impossible de te dire tout ça, de peur que tu me rejette, mais aujourd’hui je m’aime assez pour me tenir debout sur mes propres jambes. La phase que je traverse en ce moment est une phase de découverte, d’apprentissage, d’acceptation. J’apprends chaque jour. Peu à peu je guéris mes blessures, grandi, tombe et me relève. J’avance, et c’est satisfaisant! J’en suis heureux.

Tu n’as pas à t’inquiéter, ce que je traverse est tout à fait naturel, fait partie du processus de la vie, constitue une étape de mon développement et du développement du monde car les deux sont liés. Nous sommes le monde.

Sûrement aurai-je dans l’avenir des situations plus stables (inch allah) mais ce n’est pas ce qu’il me faut pour l’instant. Pour l’instant, la liberté compte plus que tout pour moi car c’est d’elle que naît l’amour véritable. L’amour pour moi ce n’est pas dire je t’aime en attendant un je t’aime en retour. L’amour est un don, aimer c’est laisser libre. Autrement, ce n’est que de la dépendance. Tu dis aussi souvent qu’il n’y a pas d’amour mais que des preuves d’amour. Je n’y crois pas, l’amour est là, qu’on le voit ou non. Nous sommes comme des poissons ignorants qui nageons dans de l’eau car nous baignons dedans depuis toujours.

Pour ce qui est de l’expérience dans le désert j’ai tenté de décrire l’expérience en voilà un aperçu:

Il y a des milliards de façon de décrire une situation. Je pourrai  juste dire: je suis dans le désert, campe avec des inconnus autour d’un feu. Mais l’expérience est si profonde (et aussi profondément subjective) que les mots manquent, transforment, travestissent l’expérience originale. Mais puisque tu le demande je vais tout de même essayer.*

Imagine-toi au milieu du désert porté par le vent, en fond sonore le calme sourd qui dissipe la tempête intérieure. Imagine-toi entrer dans cette océan de sable, infini. A mesure que tu l’arpentes, tes souvenirs s’effacent, tu oublies: tes problèmes, qui tu crois être, tout ce qui fais de toi qui tu crois être, tout ton passé. Tu ne choisis pas, le désert fait ça pour toi. Il absorbe telle une éponge tous les fragments de ton être. Jusqu’au moment où il n’y a plus de frontières entre ce que tu observes et toi même. Chaque chose que tu observes réfléchis une partie de toi tel un miroir. Tout ce qui se trouve à l’extérieur est le reflet de ton intérieur. Dans cet endroit, tu rencontres des gens qui te ressembles, des êtres avec deux bras et deux jambes, qui comme toi sont ici sans savoir vraiment pourquoi, dans cette humble présence qui ne prétend pas savoir, qui sait ne rien savoir. Qui tu as pu être par le passé n’a aucune importance ici. Tout ce qui importe est le moment présent, là où tout se passe. Et dans ce lâcher prise naît une liberté qui n’a pas de frontière. Il devient alors possible de créer, quoi que ce soit, sans se référer à d’ancien mode de fonctionnement, juste en laissant ce qui a l’intérieur interagir avec l’extérieur.  Dans cet endroit, nul besoin de se protéger ou d’avoir peur de présenter tel que l’on est. Personne ne juge, tout le monde apprend. Et c’est pour ça que l’on est là, pour s’améliorer, être plus humain, apprendre à vivre ensemble… Et le plus beau cadeau que tu puisses faire au monde est de te laisser être qui tu es vraiment. Tu n’as aucune obligation. Si tu es triste, sois triste! Partage ce que tu ressens et peut être que quelqu’un se reconnaitra dans ce que tu dis et alors tu ne seras plus seul! Et la plupart du temps ce que tu vis l’autre le vis aussi. Ici, on n’a pas peur du contact humain, on se fait des après-midi à se regarder dans les yeux sans rien dire, des soirées câlins, des cercles de paroles pour partager ce que tu ressens, on danse, fait de la musique, médite, vit au rythme du soleil et de la lune, du désert.

Tous les gens qui sont ici sont comme des miroirs te montrant les parties de toi que tu es prêt à explorer. Tout ce que tu expériences, tu ne l’as jamais fait auparavant, tout est nouveau. Il en va de même à chaque instant puisque chaque instant est unique et ne trouve pas son pareil dans le passé  et ne sera  jamais plus comme ça dans le futur. Et c’est dans ces choses que tu n’avais jamais expérimentées auparavant que tu avances sur le chemin de la connaissance de soi. C’est comme si à chaque nouvelle expérience, à chaque peur dépassée un brasier s’allumait et apportait sa lumière dans les recoins sombres inexplorés de la psyché. On croit se transformer -c’est vrai en un sens- mais on ne fait que découvrir ce qui était déjà là, ce qui sera toujours là, ce qu’il y a d’éternel en nous.

Dans le désert il n’y a pas de temps. Nous avons appris à structurer le temps en minutes, jours, semaines, années…  créant ainsi une des plus grandes illusions qui soit: celle du temps. Nous avons appris à segmenter la droite infinie du temps mais lorsque l’on cesse de compter, calculer, essayer de quadriller… alors en plus de la liberté viens ce sentiment d’éternité, un éternel silence sans commencement ni fin. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas.

Chaque jour est comme un miracle et on devient reconnaissant pour cela. Qu’est ce qui fait qu’aujourd’hui je me réveille et je vois ça? Il pourrait ne rien y avoir, mais il y a la vie. Et ce sentiment de ne rien posséder, ce sentiment qu’à chaque instant la vie te donne tout, tout ce qui est là est merveilleux et empli de joie! Tu vois alors pourquoi la vie vaut le coup. Tu t’es peut être déjà demandé « est ce ça la vie? Est-ce tout ce qui existe? Est-ce que ça vaut vraiment le coût? » Je l’ai fait. Parce que j’avais peur de dépasser certaines de mes croyances qui restreignaient mon monde, mon expérience de la réalité. Et plus j’avance, plus ma réalité s’expand et trouve sa résonance avec les différentes réalités des autres . Tout ce qui semblait impossible avant est désormais tout à fait possible. Il n’y a plus à s’inquiéter. Plus besoin de chercher à tout contrôler, de chercher à posséder, de s’accrocher à un futur hypothétique où je pensais trouver mon salut (ou la fameuse phrase qu’on se répète: « ça ira mieux après, ça ira mieux après » Après quoi?)

Tu dis souvent que tu aurais voulu tout faire, j’ai aussi envie de tout faire et avec le mode de vie que j’ai en ce moment il m’est possible de tout faire, apprendre une langue étrangère, apprendre un art martial, apprendre à danser, chanter, jongler, faire du théâtre, masser, soigner, réparer des objets, en construire, construire une maison, cabane, à survivre dans la nature avec rien… Tout est possible!!

Je crois que j’ai fait le tour, j’espère t’avoir donné des clés pour comprendre mes choix, qui je suis, ce que je veux… Tu dis souvent que je suis un rêveur, et c’est sûrement vrai, mais la réalité dans laquelle nous vivons est née d’un rêve, de celui de milliards d’hommes et de femmes qui continuent de créer la réalité d’aujourd’hui. Alors rêvons le paradis plutôt que l’enfer!

Voyage au Maroc

Servan Le Guay